Une dalle béton qui chauffe au soleil puis refroidit la nuit change de dimensions, même si l’œil ne le voit pas. Sans joint pour absorber ces mouvements, le béton cherche lui-même où se fissurer. Le NF DTU 13.3, qui encadre la conception et l’exécution des dallages, sert de référence pour savoir où placer les joints, quelle largeur leur donner et comment les traiter.
DTU 13.3 : espacements réglementaires pour joint de dilatation
Le béton se dilate d’environ 0,01 mm par mètre et par degré. Sur une dalle de 30 m soumise à 40 °C d’amplitude thermique, cela donne 0,01 x 30 x 40 = 12 mm de variation. C’est ce mouvement que le joint de dilatation doit absorber. Il traverse toute l’épaisseur de la dalle, ce qui le distingue du joint de retrait, qui n’est qu’une rainure.
Les repères les plus souvent cités pour un dallage sont une largeur de 15 à 20 mm (parfois davantage selon le calcul) et un espacement maximal d’environ 30 m dans les deux directions. Ces valeurs servent de base de dimensionnement. Le calcul final dépend de la dilatation maximale à autoriser, de l’exposition de l’ouvrage et des prescriptions du projet, qu’il faut vérifier dans le NF DTU 13.3 et le CCTP.
30 m : l’ordre de grandeur à ne pas dépasser entre deux joints
Ce chiffre est un repère de dimensionnement pour certains dallages, pas une valeur universelle. Une dalle très exposée, une forte amplitude thermique ou un béton peu armé justifient des panneaux plus courts.
Dalle béton et dallage
Dans un bâtiment couvert et clos, les variations de température restent faibles. Les joints de dilatation y sont donc rares : le DTU prévoit surtout des joints de retrait et des joints d’isolement. Ils deviennent nécessaires pour les dallages de locaux non couverts ou non clos, et dans les zones soumises à de fortes chaleurs (four, chaufferie, process industriel).
Pour une terrasse béton extérieure, la logique est la même, avec un risque supplémentaire : le gel et le soleil direct amplifient les mouvements. On découpe alors la surface en panneaux compacts, les plus proches possible du carré, et on place un joint de dilatation à chaque changement de géométrie (angle rentrant, jonction avec un bâtiment, changement d’épaisseur).
Murs et ouvrages verticaux
Pour un mur en béton armé ou un mur maçonné, on parle plutôt de joints de rupture ou de fractionnement. Ils se placent tous les 20 à 30 m environ selon le matériau, et aux endroits où la structure change (hauteur, fondation, nature des matériaux). Ces valeurs relèvent de la maçonnerie et du béton armé, et non du DTU 13.3 seul : vérifiez le document applicable à votre ouvrage.
| Ouvrage | Type de joint | Repère d’espacement |
|---|---|---|
| Dallage extérieur ou non clos | Dilatation | Environ 30 m maximum |
| Dallage intérieur clos | Retrait (sciage) | Panneaux de quelques mètres, selon armatures et épaisseur |
| Terrasse béton | Retrait, dilatation aux ruptures | Panneaux de 3 à 5 m en pratique courante |
| Pourtour (murs, poteaux) | Isolement | Sur toute la périphérie |
| Mur béton armé ou maçonné | Rupture ou dilatation | 20 à 30 m selon le matériau |
Quelle différence avec les joints de retrait et d’isolement ?
Ces trois joints répondent à des phénomènes distincts, et les confondre est l’une des erreurs les plus répandues. Le joint de dilatation traite le mouvement lié à la température : il est large, franc et traverse la dalle. Le joint de retrait traite le retrait du béton qui sèche : il est étroit et ne coupe qu’une partie de l’épaisseur. Le joint d’isolement, lui, désolidarise la dalle des éléments fixes qui la contraignent.
Le joint de retrait est un « point faible organisé ». Comme le béton se contracte en séchant, il fissure forcément quelque part. La rainure sciée oriente cette fissuration à un endroit prévu, droit et discret, plutôt que de la laisser courir au hasard dans la dalle.
Le joint d’isolement se place autour des poteaux, des murs, des regards ou des plots. Il consiste en une bande compressible (polystyrène ou mousse, souvent de 10 mm) posée avant le coulage. Sans lui, la dalle se retrouve bloquée contre l’élément fixe, et les fissures partent en général depuis les angles rentrants.
Comment réaliser un joint de dilatation ?

Le joint de dilatation se prévoit avant le coulage, car il s’intègre à la conception de la dalle. On coffre généralement un espace de 15 à 20 mm, rempli d’un matériau compressible (panneau de fibres, polystyrène), qui reste en fond de joint. Les armatures sont interrompues de part et d’autre, ou équipées de goujons lisses lorsqu’il faut transmettre les charges d’un panneau à l’autre.
Le joint de retrait, plus fréquent, se réalise par sciage. Voici l’ordre des opérations habituel :
- Tracer le calepinage des panneaux avant le coulage, en visant des formes proches du carré.
- Couler et talocher la dalle, puis attendre que le béton soit assez dur pour ne pas s’épaufrer sous la lame.
- Scier au disque, en général entre 6 et 24 heures après le coulage selon la température et la formulation du béton.
- Respecter une profondeur du joint d’au moins un tiers de l’épaisseur de la dalle.
- Nettoyer la rainure à l’air comprimé avant le remplissage.
Le timing compte autant que la profondeur. Un sciage trop précoce arrache les granulats sur les bords, et un sciage trop tardif arrive après la fissure, qui s’est déjà formée ailleurs. Par temps chaud et venté, la fenêtre se réduit à quelques heures.
Remplissage et étanchéité des joints
Une fois le béton suffisamment sec, le remplissage protège les arêtes et empêche l’eau et les saletés de s’introduire. Pour les joints de dilatation et les joints extérieurs, on utilise un mastic élastomère (polyuréthane ou silicone neutre selon le support), capable d’accompagner les mouvements sans se déchirer. En intérieur, on peut choisir un mastic semi-rigide ou une résine, mieux adaptés au passage de chariots.
La mise en œuvre suit un schéma précis : on place un fond de joint (cordon en mousse polyéthylène) à la bonne hauteur, puis on applique le mastic sur une profondeur à peu près égale à la moitié de sa largeur. Il ne doit pas adhérer au fond du joint, sinon il travaille en traction sur trois côtés et finit par se décoller. Le primaire d’accrochage est souvent exigé par le fabricant, en particulier sur béton poreux.
Le mastic à trois points d’adhérence : l’erreur qui fait lâcher le joint
Sans fond de joint, le mastic colle au fond de la rainure. Dès que la dalle bouge, il se déchire au milieu au lieu de s’étirer. Le cordon de mousse sert à garantir deux faces d’accroche seulement.
Erreurs fréquentes à éviter

La première faute consiste à supprimer les joints pour « faire plus propre », ou à les placer trop espacés pour économiser du sciage. La fissuration apparaît alors dans les semaines qui suivent, souvent en travers de la dalle ou depuis un angle. On repère aussi des panneaux trop allongés : au-delà d’un rapport de 1,5 entre longueur et largeur, le risque de fissure transversale augmente.
Autre erreur courante, un joint de dilatation décalé par rapport aux joints de la structure porteuse, ou bloqué par une armature continue qui le traverse. Les joints doivent aussi se croiser en T le moins possible et ne jamais s’arrêter à un angle rentrant, où la fissure repart immédiatement. Enfin, négliger le joint d’isolement autour des poteaux et des murs provoque des fissures en étoile difficiles à réparer.
En pratique, retenez que chaque joint répond à un mouvement précis : température pour la dilatation, séchage pour le retrait, blocage pour l’isolement. Pour un chantier réel, appuyez-vous sur le NF DTU 13.3, sur les prescriptions du bureau d’études et sur la fiche technique du mastic choisi, car les valeurs de ce texte ne remplacent pas un calcul adapté à l’ouvrage.





